Dans la mesure où la sociolinguistique est investie en tant que domaine à visée de changement social et où les politiques d’une « science avec et pour la société »1 redéfinissent les fondements de la recherche, une question d’actualité concerne la visibilisation de la sociolinguistique. En quoi contribuons-nous à produire une recherche visible, c’est-à-dire une recherche que le plus grand nombre peut voir, lire, comprendre, utiliser ? La vulgarisation, qui se fait généralement par le biais de conférences, d’articles ou de livres de synthèse évolue rapidement. La dynamique science et art émerge, à la fois, comme une nouvelle forme de construction du savoir et de restitution (Amilhat-Szary, 2016).
Ainsi que le souligne le titre d’une tribune journalistique, « L’image, le verbe du 21e siècle », est non seulement incontournable dans nos pratiques quotidiennes mais également structurante dans nos rapports aux langues, aux autres, à soi. Or, en l’état, quelles images matérielles donnent à voir les actions-interventions menées en sociolinguistique? Qui s’y reconnaît et s’y projette ? Voit-on les groupes sociaux visés en premier lieu, par exemple, par la valorisation de la diversité linguistique ou encore par la sensibilisation à l’insécurité linguistique ? À qui profitent les habitudes d’actions-interventions en sociolinguistique ?
Nous visons moins à traiter la question de « restitution » de la recherche que de développer une approche iconographique de la sociolinguistique. La finalité de cette « sociolinguistique visuelle » (Razafimandimbimanana, 2014) est de rendre les résultats de la recherche davantage accessibles en allant du côté de l’activisme visuel, mouvement de critique sociale particulièrement engagée dans la lutte contre le racisme, le colonialisme et le sexisme (Mirzoeff, 2023). Pareillement, ce que nous appelons « image engagée » a pour fonction d’être socialement agissante, marquante et provoquante avec la conception et l’affichage d’images engagées. Elle a donc pour destinée d’être publiquement affichée.
